Un futur pour l’Esperanto

Dans un précédent article, j’avais parlé de mon problème lié aux flexions en Esperanto, ainsi qu’à l’alphabet aux accents trop présents pour écrire avec un clavier dénué d’accents (puisque la lettre ŭ, notamment, est assez compliquée à reproduire en Français). Et puis, lorsque l’on cherche a créer une langue neutre, universel, et simple, il me semble qu’elle se doit de viser la « minimalisation » au niveau de l’alphabet.

J’avais donc présenté un Esperantido (langue fille de l’Esperanto), l’Esperanto sen fleksio qui se débarassait des flexions et des « chapeaux » (« ĉapeloj » en Esperanto). J’avais cependant oublié de parler de l’Esperanto sen ĉapeloj (un autre Esperantido), qui justement propose une autre approche d’une telle modification (disparition des accents, tout en conservant les flexions).

Afin de comparer ces différentes langues, voici un exemple (le plus simple à trouver, à vrai dire, j’me suis pas vraiment foulé, mais c’est suffisant. La référence me dérange un peu mais on va faire avec).

Esperanto :

Patro nia, kiu estas en la ĉielo,
sankta estu Via nomo,
venu reĝeco Via,
estu volo Via,
kiel en la ĉielo, tiel ankaŭ sur la tero.
Panon nian ĉiutagan donu al ni hodiaŭ
kaj pardonu al ni ŝuldojn niajn
kiel ni ankaŭ pardonas al niaj ŝuldantoj;
ne konduku nin en tenton,
sed liberigu nin de la malvera,
[ ĉar Via estas la regado, la forto kaj la gloro eterne.
Amen! ]

Esperanto sen fleksio [EsF] :

Patro nia, kiu esti en chielo,
sankta estu via nomo;
venu regno via;
estu farita volo via,
kiel en chielo tiel ankaw sur tero.
Na pano nia chiutaga donu al ni hodiaw,
kaj pardonu al ni shuldo nia,
kiel ni ankaw pardoni na nia shuldanto,
kaj ne konduki ni en tento,
sed liberigu ni de malbono.

Esperanto sen ĉapeloj [EsĈ] :

Patro nia, kiu estas en la cielo
honorateskes tua nomo;
venes regno tua,
estes volo tua,
kiel en la cielo, tiel anke sur la tero;
panon nian chiutagan dones al ni hodie
e pardones al ni shuldoyn niayn,
kiel ni anke pardonas al niay shuldantoy;
ne kondukes nin en tenton,
sed liberiges nin de malbono.

J’avais la dernière fois présenté rapidement ma propre proposition de réforme de l’alphabet commun, mais de manière tellement confuse qu’à chaque fois que je relis ce passage j’ai du mal à me comprendre moi-même. Voici donc mon nouvel alphabet (à gauche, l’alphabet commun, et à droite mes propositions pour changer les différentes lettres) :

  • A > A
  • B > B
  • C > TS
  • Ĉ > TX
  • D > D
  • E > E
  • F > F
  • G > G
  • Ĝ > DJ
  • H > H
  • Ĥ > HH
  • I > I
  • J > Y
  • Ĵ > J
  • K > K
  • L > L
  • M > M
  • N > N
  • O > O
  • P > P
  • R > R
  • S > S
  • Ŝ > X
  • T > T
  • U > U
  • Ŭ > W
  • V > V
  • Z > Z

Pendant que certains hurleront certainement à la tentative inconsciente de francisation de l’alphabet latin utilisé en Esperanto, je tiens à préciser que le « X » prononcée [ʃ] provient du Portugais. Le « W » pour représenter le son [w] provient des langues germaniques et anglo-saxonnes. Le « Y » pour remplacer le « J » pour le coup, c’est pour le côté pratique, me permettant d’utiliser le « J » pour le son [ʒ], puisque je ne voyais pas d’autres manières de transcrire ce phonème avec une lettre sans accent disponible sur un clavier latin classique (abcdefghijklmnopqrstuvwxyz). J’aurai pu utiliser les lettres C et Q que mon alphabet n’utilise pas, mais pour ce son, ça ne me paraissait pas du tout intuitif.

Ainsi le Notre Père donnerait, dans ma version de l’Esperanto, ça :

Patro nia, kiu estas en la txielo,
sankta estu Via nomo,
venu redjetso Via,
estu volo Via,
kiel en la txielo, tiel ankaw sur la tero.
Panon nian txiutagan donu al ni hodiaw
kay pardonu al ni xuldoyn niayn
kiel ni ankaw pardonas al niay xuldantoy;
ne konduku nin en tenton,
sed liberigu nin de la malvera,
[ txar Via estas la regado, la forto kay la gloro eterne.
Amen! ]

Pour le plaisir des yeux, voici mon alphabet (pour un total de 24 lettres) :

A B D E F G H I J K L M N O P R S T U V W X Y Z

Alors, bien sûr, au delà de ce genre de débat ayant lieu dans la sphère Esperantiste, on peut essayer d’observer ces comportements de l’extérieur : en voulant créer une langue universelle, Zamenhoff (que je cite pour la première fois dans cet article) a surtout dispersé un désir d’universalité (l’Universalisme la sphère Esperantiste est aujourd’hui très liée à l’Universalisme, notamment au travers de courants tels que l’Anationalisme). Chaque personne ayant une vision plus ou moins biaisée par son point de vue subjectif de ce qui est universel, la fin du XIXè siècle devint le début d’une ère très fertile en création de langues universelles. Et cela continue aujourd’hui, même si ces discussions ont un peu été mises de côté (on entend pas tous les jours parler, dans l’actualité, des Congrès d’Esperanto,  des évènements d’Esperantistes, ni même des autres mouvements liés à l’Interlingua, ou autres, etc…).

On comprend alors aisément comment le Latin a explosé en une multitudes de langues. Et on observe ce phénomène avec l’Espéranto et ses Esperantido, un peu comme on parlerait du Latin et de ses langues-filles. Sans parler des langues « soeurs » de l’Esperanto, ces autres langues construites sur les mêmes aspiration, que ce soit l’Interlingua, le Volapük, la Lingua Franca Nova, le Kotava, etc… Toutes ayant le même objectif mais pas la même approche. Qu’elles soient naturalistes ou schématiques, a priori ou a posteriori, etc… elles visent toutes la pacification et l’unification d’une ère géographique plus ou moins grande (souvent mondiale). Pour ces langues, on parle de langues construites visant à devenir des langues auxiliaires internationales, et par abus de langage on parle de langues auxiliaires internationales (tout simplement en omettant le fait qu’aucune d’entre elle n’a atteint ce stade aujourd’hui).

Afin de conclure cet article, je dirai juste que l’Esperanto a de nombreux défauts pour devenir une vraie langue auxiliaire internationale, ou même langue commune mondiale. D’abord elle se base sur un lexique principalement d’origine européenne. Et enfin elle utilise un alphabet tiré par les cheveux si on vise l’universalité. Il y a beaucoup de choses à dire sur l’Esperanto, c’est sûr. Cependant, on peut la félicité d’avoir tant réussi (comparé à toutes ses langues soeurs et filles). Exception faite de la Langue des Signes et peut-être des langues construites étatiques.

Cette langue a tout de même, et à plusieurs reprises, reçu le soutien de l’ONU au travers de l’Unesco (dont on entend pas mal parler en ce moment, tiens…) en 1954 et 1985.

Je reparlerai de tout cela dans un prochain article…

Mon problème avec l’Esperanto

Cette langue me fascine, bien que je ne la trouve pas particulièrement jolie oralement (ceci n’étant que mon point de vue personnel, il ne compte pas vraiment). De toutes les langues auxiliaires internationales, c’est de loin celle qui a rencontré le plus de succès, et qui encore aujourd’hui connait le plus grand nombre de locuteurs. Je ne vais pas refaire ici toute l’histoire de cette langue, mais plutôt me contenter d’en venir à l’essentiel : le génitif. Alors oui, il y a l’Esperanto sen fleksio (Esperanto sans flexions, sur le même principe que le Latino sine flexione pour le Latin) qui permet de passer outre les déclinaisons de noms, mais si on l’utilise, on est repris par les autres espérantistes.

On dirait tout simplement que Zamenhof, après avoir inventé une langue sympathique s’est dit « Tiens, on va emmerder le monde en ajoutant une déclinaison des noms ». Et étant donné que je n’arrive pas à intégrer cette règle, je n’ose pas utiliser l’Espéranto lors d’échanges sur internet (alors que j’ai eu de nombreuses occasions de le préférer à l’Anglais, ou même au Portugais que je maitrise pourtant très mal et surtout à l’écrit).

J’adore, sinon, ce qu’ont accompli cette langue et sa communauté. C’est vraiment admirable d’avoir développé une communauté de locuteurs d’une langue qui n’existait pas peu avant, et surtout d’avoir développé et entretenu ce nombre de locuteurs en promouvant énormément la langue. Car le mouvement espérantiste véhicule aussi une idée : celle que nous sommes tous humains et que nous pouvons tous cohabiter pacifiquement si nous prenons le temps de discuter ensemble. Contrairement à l’Anglais qui implique dans de nombreuses situations qu’il y ait un « rapport de force linguistique », l’Espéranto reste une langue neutre qui n’a que très peu de locuteurs natifs (et donc très peu d’attaches géographiques).

Mais j’aimerai juste soulever un petit détail, M. Zamenhof : il suffit de regarder l’évolution qu’il y a eu depuis le latin, ou le grec, vers leurs langues filles pour observer que progressivement les déclinaisons des noms sont abandonnées… Et je parle du latin et du grec, mais on avait déjà vu cette évolution avec leur langue-mère: l’Indo-européen commun qui avait une petite dizaine de cas grammaticaux (et donc de déclinaisons). Alors certes, vous n’en avez gardé qu’une, mais comme on peut le voir en Français, et dans de nombreuses autres langues, on peut se passer totalement des déclinaisons. Si nécessaires, on peut utiliser des prépositions qui sont beaucoup plus intuitives lorsque l’on parle une langue qui nous est étrangère (et ça serait forcément le cas avec une LAI).

Je terminerai juste sur un autre détail qui me chagrine un peu : les diacritiques. Elles peuvent toutes être remplacées par un couple de consonnes (dans les cas du « ĉ » que l’on pourrait remplacer par « tx » ou « tsh », du « ĝ » par « dj », du « ĥ » par « hh » ou même « ch ») ou une consonne (dans les cas du « ŭ » que l’on pourrait remplacer par le « w », du « ĵ » par « j » et donc le « j » deviendrait « y » et du « ŝ » par « x » ou « sh »). Et cette critique des diacritiques se retrouve notamment dans l’Esperanto sen ĉapeloj (Esperanto sans chapeaux). Ça parait peut-être pas très clair, mais ça l’est.