Cette langue me fascine, bien que je ne la trouve pas particulièrement jolie oralement (ceci n’étant que mon point de vue personnel, il ne compte pas vraiment). De toutes les langues auxiliaires internationales, c’est de loin celle qui a rencontré le plus de succès, et qui encore aujourd’hui connait le plus grand nombre de locuteurs. Je ne vais pas refaire ici toute l’histoire de cette langue, mais plutôt me contenter d’en venir à l’essentiel : le génitif. Alors oui, il y a l’Espéranto sen fleksio (Esperanto sans flexions, sur le même principe que le Latino sine flexione pour le Latin) qui permet de passer outre les déclinaisons de noms, mais si on l’utilise, on est repris par les autres espérantistes.

On dirait tout simplement que Zamenhof, après avoir inventé une langue sympathique s’est dit « Tiens, on va emmerder le monde en ajoutant une déclinaison des noms ». Et étant donné que je n’arrive pas à intégrer cette p***** de règle, je n’ose pas utiliser l’Espéranto lors d’échanges sur internet (alors que j’ai eu de nombreuses occasions de le préférer à l’Anglais, ou même au Portugais que je maitrise pourtant très mal et surtout à l’écrit).

J’adore, sinon, ce qu’ont accompli cette langue et sa communauté. C’est vraiment admirable d’avoir développé une communauté de locuteurs d’une langue qui n’existait pas peu avant, et surtout d’avoir développé et entretenu ce nombre de locuteurs en promouvant énormément la langue. Car le mouvement espérantiste véhicule aussi une idée : celle que nous sommes tous humains et que nous pouvons tous cohabiter pacifiquement si nous prenons le temps de discuter ensemble. Contrairement à l’Anglais qui implique dans de nombreuses situations qu’il y ait un « rapport de force linguistique », l’Espéranto reste une langue neutre qui n’a que très peu de locuteurs natifs (et donc très peu d’attaches géographiques).

Mais j’aimerai juste soulever un petit détail, M. Zamenhof : il suffit de regarder l’évolution qu’il y a eu depuis le latin, ou le grec, vers leurs langues filles pour observer que progressivement les déclinaisons des noms sont abandonnées… Et je parle du latin et du grec, mais on avait déjà vu cette évolution avec leur langue-mère: l’Indo-européen commun qui avait une petite dizaine de cas grammaticaux (et donc de déclinaisons). Alors certes, vous n’en avez gardé qu’une, mais comme on peut le voir en Français, et dans de nombreuses autres langues, on peut se passer totalement des déclinaisons. Si nécessaires, on peut utiliser des prépositions qui sont beaucoup plus intuitives lorsque l’on parle une langue qui nous est étrangère (et ça serait forcément le cas avec une LAI).

Je terminerai juste sur un autre détail qui me chagrine un peu : les diacritiques. Elles peuvent toutes être remplacées par un couple de consonnes (dans les cas du « ĉ » que l’on pourrait remplacer par « tx » ou « tsh », du « ĝ » par « dj », du « ĥ » par « hh » ou même « ch ») ou une consonne (dans les cas du « ŭ » que l’on pourrait remplacer par le « w », du « ĵ » par « j » et donc le « j » deviendrait « y » et du « ŝ » par « x » ou « sh »). Et cette critique des diacritiques se retrouve notamment dans l’Esperanto sen ĉapeloj (Esperanto sans chapeaux). Ça parait peut-être pas très clair, mais ça l’est.