Écrire un article, il n’y a rien de plus simple. Le problème réside dans le fait qu’il faille lui trouver un thème et un objectif, car c’est comme cela que fonctionne le journalisme, normalement. Alors, même quand on parle d’articles de blog, lorsque le blogueur souhaite obtenir un travail sérieux, propre et soigné, il doit savoir se distinguer de par son usage correct de la langue française a minima, qui plus est lorsque l’on cherche à convaincre d’autres personnes. Convaincre. C’est une des incroyables forces de l’écriture. Sûrement la meilleure. Elle est mieux que tout système défensif ou dissuasif : c’est de la diplomatie. En cherchant à convaincre quelqu’un on entre alors dans un rôle de diplomate au service de l’acte prosélyte que nous sommes en train d’accomplir. Je simplifie peut-être un peu ici, mais à mon avis ça joue tout un rôle important dans la suite.

Car en convaincant, on forge des convictions. Et quoi de plus puissant qu’une conviction pour remettre en question l’ordre établi. Dès lors l’écriture devient un combat. Ce combat peut prendre la forme de la défense des droits des femmes et des hommes, de la défense de notre environnement, de certaines valeurs comme la Laïcité, du combat contre un obscurantisme prenant de plus en plus d’importance dans notre monde, notamment au travers des théories du complot tournant sur internet. La plume est à la fois diplomatique et combattante. Elle se mue en un cri, un espoir, un pleur, un rire, parfois une mort. Le nombre de personnes affectées par cette mort n’a ici aucune importance. Ce qu’il convient de faire c’est alors de montrer, de pointer du doigt cette situation. Comment en arriver là. Comment notre société peut-elle acceptée de continuer à vivre comme si rien n’était alors que ses membres se donnent volontairement la mort usés par le désespoir et la douleur. Parfois la honte. Souvent de la rancœur… envers ceux qui n’ont pas voulu entendre, ceux qui n’ont pas voulu agir tant qu’il était en fin de compte, encore temps de le faire. L’écriture est là pour montrer ce genre de situation. Pour les graver à jamais, comme un archivage de l’histoire de nos vies.

Comme si nous n’écrivions que pour perdurer. Pour laisser une trace de nous-même, de nos luttes, de nos croyances et de nos amours. On a parfois du mal à simplement accepter que la vie, aussi courte soit-elle, n’a très probablement aucune suite une fois la mort survenue. Notre corps et notre conscience s’éteindront, les muscles se relâcheront et nous ne serons juste plus là. Pas ailleurs. Nous ne serons plus. Plus jamais. Nul part. C’est une vraie fin. Avec aucune chance de voir une suite, de pouvoir faire une introspection sur soi-même, ni même de pouvoir revivre ses souvenirs les plus plaisants, les plus chaleureux, les plus emprunts d’amours et de joie.

L’écriture n’est pas seulement un bon moyen de convaincre, c’est aussi le meilleur moyen d’expliquer quelque chose. Et je vais m’expliquer pour ça : de tous les supports existants, l’écriture est certainement (à mes yeux) le vecteur le plus efficace afin de transmettre quelque chose, que ce soit un savoir, une émotion, un concept philosophique ou scientifique, ou même une simple déclaration. Lorsque quelque chose est mal compris, il peut être relu facilement. Sur les autres supports, il est également possible de retranscrire toutes ces choses, cependant, cela reste plus flou que ce soit en peinture, en musique, en vidéo, ou même en sculpture, et au final dans toutes les autres formes d’expressions artistiques. Je ne cherche pas ici à justifier une vision élitiste de l’écriture et discriminatoire envers les autres formes d’arts, bien au contraire. Je ne nie pas la puissance des émotions renfermées dans ces supports. Mais pour être plus clair, l’écriture me semble un choix bien plus judicieux. Les mots du langage se sont perfectionnés avec le temps, et bien que la plupart aient plusieurs sens, on peut justement jouer de cela. Ces double-sens desquels se plaignent régulièrement les intellectuels sont en fait une trace de la poésie de notre langue (et de toutes les autres d’une certaine manière) et les transformations opérées, dues notamment à l’usage prolongé dans le temps de cette langue. La multitude l’utilisant n’améliore pas la situation, et l’espace géographique éparpillé permet une fructification des nouveaux mots et des nouveaux sens.

J’ai donc décidé depuis un moment de me concentré essentiellement sur le format écrit. Et puis, elles sont jolies ces lettres se suivant dans un espèce de capharnaüm quand on y regarde de plus près, lorsque l’on ignore (ou oublie quelques instants) que ces lettres forment des mots et que tout ceci a bel et bien un sens. En fait, toutes ces lettres semblent danser, s’enlacer, se chamailler, etc… Et tout cela, ça me plait. C’est ce qui me pousse à continuer d’écrire.